Liasse « Auteurs »

 

922- Vanité des auteurs. Qui oserait redire quelque chose à leur ouvrage, celui-là serait un infâme. Dérisoire créature qui a la fantaisie de se croire créateur. « Exegi monumentum », etc.

 

923- Écrire contre ceux qui ont trop loué le moi. 1- Montaigne. 2- Corneille. « Moi, moi, dis-je, et c’est assez » : rien n’est moins conforme à la vertu chrétienne. « Je suis maître de moi comme de l’univers » : comme si de soi au monde entier, peu différait. « Tout l’État périrait, s’il faut que je périsse » : de même.

Mais l’amour propre nous secourt dans notre misère : car qui aurait tout perdu, et se haïrait sans aimer Dieu, quelle vie effroyable il aurait.

 

924- Ces beaux esprits qui n’entreprennent de montrer nos travers que pour être applaudis, et sont plus que quiconque jouets de l’amour propre : Théophraste, etc.

 

925- Que l’homme est double, Platon l’a compris. Mais la cause, c’est ce qui lui a échappé.

Le désir des Idées, figure sous laquelle il faut lire l’amour de Dieu.

Saint-Augustin, pour éclairer Platon.

 

926- Les stoïques se croient libres, mais ils sont enchaînés à leur orgueil. Que n’ont-ils pas senti que de ce qu’ils prétendent en leur pouvoir, bien peu de chose l’est en effet !

 

927- « Soit de bien, soit de mal, j’écris à l’aventure » (Du Bellay). Voilà le style naturel. Mais qu’il est contrariant qu’à chaque vers paraisse le moi, et encore le moi !

 

928- La Boétie dit : s’ils obéissent, c’est l’effet de l’imagination et de la coutume. Que le peuple s’en rende compte, et les puissants trembleront.

Le tyran qui domine six hommes, qui en dominent six cents, qui en dominent six-mille, etc. On est toujours prêt à se soumettre, pourvu que d’autres nous soient soumis. L’esclave qui tient un chien ou un chat en son pouvoir, par là oublie sa servitude.

 

929- Le malin génie, marque de l’extravagance de Descartes. Qu’avait-il besoin, pour se forcer à douter, d’une idée plus douteuse encore que le reste ?

 

930- Molière. Curieuse erreur, de croire que rire d’autrui apprend à rire de soi. Sensibilité que l’on a pour les défauts des autres hommes, insensibilité pour ses propres défauts. Sur quoi chacun peut admirer à plein les conséquences de l’inconséquence humaine.

 

931- Il serait plaisant qu’on fît de moi un auteur d’importance, pour trouver de la gloire à me citer et à m’expliquer.

 

 

Nicolas Fréry