XXXI

L’absence

 

Depuis que les cieux sont ton séjour, Elvire,

Les Parques de mes jours ne tissent plus le fil.

Je suis indifférent aux doux rayons d’avril,

            Et je dis adieu à ma lyre.

 

Je n’ai d’autre plaisir que de revoir les lieux

Où jadis tous les deux nous vînmes en silence.

Du haut d’un roc désert se déploie sous mes yeux

            Un site hanté par ton absence.

 

Hélas, quand je pressais ta main contre mon cœur,

Pouvais-je imaginer cette perte cruelle ?

Je retrouve aujourd’hui l’asile du bonheur,

            Et tout est là encor, sauf Elle.

 

Mais ne semble-t-il pas qu’au creux de ce vallon,

Bercée par le Zéphyr partout erre ton ombre ?

De ton parfum je sens monter l’exhalaison

            Je t’aperçois dans la pénombre.

 

Ô souvenirs, peuplez ces horizons lointains !

Faites longtemps sonner le nom béni d’Elvire !

Faites que dans ce lac s’ébauche son sourire !

            Illusions, chassez mon chagrin !

 

Mais le monde cruel à mes pleurs reste sourd.

Fuyons loin de ce globe étroit comme une geôle !

Dans l’espoir d’un séjour plus propice à l’amour,

            Embarquons-nous vers d’autres pôles.

 

 

 

Nicolas Fréry